Comment le centre Amigo Doumé sociabilise les adolescents récalcitrants

Trois jeunes garçons âgés entre 14 et 17 ans entament des pas de danse au rythme de «apoèsè». C’est un titre chrétien en vogue. Nos trois amis ouvrent ainsi la partie folklorique de la cérémonie de remise des diplômes qui clôture les travaux de l’année académique 2014-2015.

Témoignages d’anciens enfants agressifs

S’en suivent des représentations théâtrales dénonçant les travers de certains leaders religieux. Les acteurs sont, eux aussi, de la même tranche d’âge que les danseurs. La scène se déroule ce 17 juillet, dans les jardins du centre Amigo Doumé, situé à Yopougon Lokoua. Ce n’est pas une école ordinaire. Il s’agit d’un centre de protection de l’enfance et d’initiation professionnelle pour les 13 à 18 ans. Les enfants victimes de la négligence des parents y sont admis. Il y a un an, par exemple, le jeune Y.U.K. subissait des conflits familiaux. «Mon père a deux épouses. Il n’y avait pas d’entente à la maison. La situation était intenable. Et cela me rendait agressif. J’étais un enfant impoli», témoigne l’ado de 17 ans. Il suit à présent des cours de ferronnerie dans le centre. Et sa situation paraît bien évoluer. Le regard a changé. «Avec les conseils que je reçois ici, je ne suis plus impoli avec les épouses de mon père. Et je suis aussi respecté parce que j’apprends un métier noble», est-il fier. Ici, on s’occupe aussi de la réinsertion des jeunes en difficulté avec la loi, des ex-délinquants. Et les résultats semblent bien des fois satisfaisants. Du moins, si l’on s’en tient au témoignage de Sodji Marcelle, parente d’élève. La bonne dame participe à la cérémonie du jour. Entre deux intermèdes, elle se confie. «Mon fils fréquente le centre depuis deux ans. J’ai décidé de l’envoyer ici parce qu’il refusait d’aller à l’école quand il était en classe de quatrième. Il suivait de mauvaises fréquentations, les jeunes brigands. Depuis qu’il est ici, son comportement a positivement changé à la maison», est-elle heureuse. A côté des cas d’enfants agressifs, Amigo Doumé n’est pas fermé aux déscolarisés. Mais il est difficile pour le visiteur d’établir la différence entre les pensionnaires déscolarisés et les ex- délinquants. Ce, parce que les enfants semblent joyeux et de bonne éducation. C’est notamment l’avis de Coulibaly Maïmouna, stagiaire dans le centre depuis un trimestre. «Quand on entend qu’il s’agit d’un centre d’enfants délinquants, a priori, on a peur de venir travailler ici. Mais quand on les côtoie dans leur quotidien, on constate qu’ils sont des agneaux. Grâce au suivi du centre, beaucoup arrivent à s’en sortir», félicite-t-elle. J.M.K., un pensionnaire âgé de 16 ans, abonde dans le même sens. «On ne sent pas qu’il y a des anciens brigands parmi nous. Si on ne vous dit pas qu’une telle personne vient de tel milieu, vous ne pouvez pas le deviner», remarque-t-il.

L’importance de la collaboration des parents

Déscolarisé dès la classe de 5ème, J.M.K. a dû passer trois années à vagabonder. L’ennui et le vice faisant bon ménage, le jeune garçon était exposé à toutes sortes de vicissitudes. Mais depuis qu’il est inscrit en menuiserie dans le centre, l’adolescent sent un changement positif dans sa vie. Les témoignages des anciens du centre sont également édifiants. Marlène Gnangba, 18 ans est un pur produit du centre. Elle travaille aujourd’hui dans une ferme. La spécialiste de l’agropastorale entend bientôt s’installer à son propre compte. Elle n’oublie pas les bons moments passés avec ses amis, d’où sa présence ce jour. «On s’entendait bien. Il n’y avait pas de palabres avec les garçons, même si les filles ne sont pas nombreuses dans le centre», commente-t-elle, joyeuse. Par ailleurs, les enfants victimes de l’exploitation et des pires formes de travail et ceux qui sont exclus de la société, potentielles victimes de la traite et de l’exploitation, y trouvent leur compte. Mais n’y entre pas qui veut. Le processus d’admission répond à certaines règles. Les enfants sont présentés par les parents ou encore par des ONG partenaires. C’est à l’issue d’une enquête sociale qu’ils sont acceptés. «Il est important de connaître les parents. Nous avons besoin de travailler avec eux pour mieux encadrer la vie des enfants afin de les aider à s’insérer dans la famille et dans la société», explique le Père Vincent Miguel, délégué de la Fondation Amigo Côte d’Ivoire et directeur du centre. «Cette année, nous avons remarqué une plus grande implication des parents dans l’encadrement des enfants, ce qui a favorisé des résultats excellents», salue-t-il. Le processus de réinsertion obéit à la pédagogie dite amigonienne. Elle tire son nom de Louis Amigo, fondateur de la congrégation amigonienne. La méthode existe depuis plus de 100 ans et elle est développée dans 23 pays au monde. Cette pédagogie se déroule en différentes phases. «Six mois avant la fin de la formation, le jeune est amené à prendre conscience de sa nouvelle situation et des dispositions qu’il doit prendre. Deux ans de stage de perfectionnement lui permettent de connaître la réalité du métier et de mettre en valeur les acquis de sa formation», ajoute le religieux. A ce stade, le jeune peut bénéficier d’un soutien pour réaliser un microprojet. Les éducateurs accompagnent chaque jeune aux niveaux personnel, familial et professionnel durant le processus. Un internat accueille à chaque session 26 enfants issus de familles démunies. Le centre Amigo Doumé célèbre ses 20 ans l’année prochaine. Les quatre métiers proposés pour la réinsertion sont la menuiserie, la ferronnerie, l’élevage et l’agriculture couplée du jardinage. Le centre a permis la réinsertion de plus de 70 jeunes depuis sa création en 1995.

Nesmon De Laure
http://nesmondelaure.over-blog.com/

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