COMMEMORATION DE LA JOURNEE MONDIALE CONTRE LES CHATIMENTS CORPORELS (30 AVRIL 2021)

Déclaration de la Société Civile travaillant dans le domaine de l’enfant

L’instauration de la journée mondiale de lutte contre les châtiments corporels infligés à l’enfant vise à attirer l’attention sur la nature problématique de cette pratique et du besoin d’y remédier. L’Observation générale No. 8 des Nations Unies en son paragraphe 11 définit les châtiments « corporels » ou « physiques » comme tous châtiments impliquant l’usage de la force physique et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il. Ces châtiments faits aux enfants, que l’on inscrit également dans le lot des punitions physiques et humiliantes (PPH), sont l’une des formes de violence les plus courantes. Elles sont souvent acceptées par les adultes comme étant une méthode indiquée pour éduquer et discipliner les enfants à l’école, à la maison et dans d’autres situations ou institutions. Elle est donc le type de violence à l’encontre des enfants le plus répandue en Afrique selon des chiffres publiés en 2017 par l’Initiative mondiale pour l’abandon des châtiments corporels sur les enfants. En effet, 85% en moyenne des enfants âgés de 2 à 14 ans, en Afrique occidentale et centrale ont fait l’expérience de mesures de discipline « violentes », physique ou psychologiques. Or ces pratiques constituent une véritable entorse aux droits de l’enfant. Elles ont également des répercussions graves sur le développement physique et mental de l’enfant. Aussi, aucun jour ne passe sans que les réseaux sociaux ne fassent le relai d’images et vidéo faisant état d’enfants victimes de châtiments corporels qui pour certains, s’avèrent être mortels. Cette commémoration vient donc aujourd’hui plus que jamais, rappeler à l’Etat, aux défenseurs des droits de l’Enfant, aux parents et éducateurs que beaucoup reste à faire afin d’offrir aux enfants un cadre protecteur et respectueux de leurs droits.

Par ailleurs, dans leur volonté de faire de l’Afrique un continent protecteur des droits de l’enfant d’ici à 2063, en 2015, les dirigeants africains ont adopté l’agenda 2063 contenant des « aspirations » mettant l’accent sur le développement durable, les bonnes pratiques de gouvernance et de démocratie, la paix et la sécurité, ainsi que sur le développement du potentiel des femmes et des enfants. Ces aspirations, au nombre de dix, relèvent en plusieurs de leurs points l’importance de mettre fin à toutes les formes de violences contre les enfants, y compris celles exercées dans le cadre de leur éducation, principalement l’aspiration 7 : « Chaque enfant est protégé contre la violence, l’exploitation, les négligences et les abus. » S’inscrivant dans cette logique d’action, plusieurs pays africains comme la République Démocratique du Congo, le Soudan, Le Kenya, le Bénin, la Tunisie, le Togo, le Burkina Faso et l’Afrique du Sud ont adopté des nouvelles législations en vue d’interdire la pratique des châtiments corporels. La Côte d’Ivoire n’en est pas encore à ce niveau, ce qui révèle un paradoxe car depuis 2018, elle est un pays pionnier (Pathfinder Country) dans le cadre du Partenariat mondial pour mettre fin à la violence à l’encontre des enfants. Cette position implique de Construire une volonté politique, en s’engageant à agir et à augmenter sa participation financière afin de mettre fin aux violences contre les enfants, d’Accélérer l’action à travers l’adoption des lois, de politiques et de programmes nationaux pour la protection de l’enfant et de Renforcer la collaboration en permettant de faciliter les échanges transnationaux de connaissances et d’apprentissages.

 Il est donc important et urgent pour la Côte d’Ivoire de mettre en œuvres les points susmentionnées ci-dessus eu égard à sa position de pays pionnier mais également en raison des recommandations de l’étude VACs menées de Juin à Septembre 2018 et dont les résultats ont été vulgarisés le 20 novembre 2020 à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Enfant. En effet, selon cette étude menée sur les adolescents et jeunes de 13 à 24 ans, 58% des filles et 66.5% des garçons en Côte d’Ivoire ont subi au moins une forme de violence pendant l’enfance. De graves conséquences ont été par ailleurs relevées du fait de ces violences. En effet, 12% des garçons et 5% des filles ont manqué ou abandonné l’école du fait de des violences. En outre, 75% des filles ont été sujettes à une détresse émotionnelle et susceptibles d’être exposées à la consommation de l’alcool. Ce qui peut les entrainer à d’autres comportements à risques tel que la fugue, la prostitution…

La société civile ivoirienne, à travers le Forum des ONG, salue les efforts de l’Etat tendant à mettre fin à ce type de violence à l’endroit des enfants. Cette volonté est manifestée au travers de la campagne nationale de lutte contre les violences faites aux enfants à laquelle la société civile a été associée à travers le Forum des ONG et dont le thème est : « Réinventons une Côte d’Ivoire sans violences faites aux enfants et aux femmes ». Cette campagne annuelle qui prendra fin en novembre 2021, serait vaine si des actions concrètes visant à éradiquer ou du moins à réduire la pratique des châtiments corporels ne sont pas prises. Ainsi, la société civile travaillant dans le domaine des droits de l’enfant, avec tous ces Partenaires Techniques et Financiers et en particulier avec Save the Children, en vue de contribuer à réduire la violence à l’encontre des enfants fait appel à l’Etat pour la mise en œuvre des obligations que lui confère sa position de pays pionner dans la lutte contre la violence à l’endroit des enfants en :

  • Prenant une loi en vue d’interdire le recours aux châtiments corporels comme instrument de discipline de l’enfant dans le cadre de son éducation à l’école, à la maison et dans tout autre institution;
  • Faisant la promotion auprès de toute la population de « l’éducation non violente » comme moyen alternative aux châtiments corporels

 La Société Civile, à travers le Forum des ONG, remercie le Gouvernement pour les efforts qu’il voudra bien consentir pour la réalisation des points sus mentionnés. La Société Civile, à travers le Forum des ONG, rassure également de son engagement à contribuer au côté du Gouvernement, avec ses partenaires techniques et financiers et en particulier avec Save the Children, à mettre en œuvre ces points d’actions pour le bien-être de tous les enfants de Côte d’Ivoire. Ensemble réinventons une Côte d’Ivoire sans violences faites aux enfants ; où les droits des enfants sont garantis par l’Etat et respectés par tous ; Et vive tous les enfants de Côte d’Ivoire.

Fait à Abidjan le 30 Avril 2021

 

Le Président du Forum des ONG

KOFFI Kouamé Boitenin

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