Publication du Journal « Le Jour Plus »

Le Forum des ONG et Associations d’Aide à l’Enfance a pris une part active dans la commémoration de cette 27ème Journée de l’Enfant Africain.
Représenté à la célébration de la journée de l’enfant Africain par Koffi Hervé, le forum s’est félicité de l’engagement de l’Etat en faveur de la protection
des enfants. Il a néanmoins fait mention des insuffisances tout en faisant des propositions. Ci-dessous, la déclaration de Koffi Hervé.

«Le forum voudrait féliciter l’Etat de Côte d’Ivoire pour son engagement en faveur de la protection de l’enfant. Nous notons avec satisfaction la mise en place du conseil national de famille, la création du comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants présidé par la première dame Dominique Ouattara, l’élaboration et la mise en oeuvre d’une politique nationale de protection de
l’enfant et d’une politique nationale de protection judiciaire de l’enfance et de la jeunesse, la création de la direction de l’assistance aux pupilles de l’Etat, pupilles de la nation, la mise en place des lignes 116, 107 et d’un code de conduite pour les enseignants, le décret pour l’établissement exceptionnel des extraits de naissance des enfants nés pendant la crise, l’école obligatoire pour tous les enfants jusqu’à 16 ans, le début de la mise en oeuvre des recommandations relatives à l’examen périodique universel, la soumission du rapport initial sur la mise en oeuvre de la charte Africaine des droits et du bien-être de l’enfant etc. Ces mesures contribuent à apporter des réponses aux exigences de la protection de l’enfant en Côte d’Ivoire.

Cependant, il existe encore des zones d’ombres dans l’action de l’Etat en faveur des enfants qu’il importe de relever. En ce qui concerne les mesures d’application
générale, la côte d’Ivoire a ratifié deux protocoles facultatifs à la convention des droits de l’enfant. Cependant, il n’en demeure pas moins que des insuffisances
existent notamment : le 2è rapport périodique pays sur la CDE n’est pas soumis depuis mars 1998 et la Côte d’Ivoire accuse un gros retard. De plus, les rapports
pays initiaux des deux protocoles facultatifs sont dus respectivement depuis octobre 2013. Du coup, on ne sait pas quelles sont les mesures qui sont prises
par l’Etat pour la mise en oeuvre de ces protocoles facultatifs. Aussi note-on l’absence d’un code de l’enfant et l’application véritable des différents textes en conformité avec les standards internationaux et régionaux. L’axe prioritaire 5 de la stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre consacre ses actions à la coordination et à la collecte des données sur la violence basée sur le genre. On note malheureusement l’inexistence d’une base de données intégrée au niveau national sur la violence des droits de l’enfant.

En ce qui concerne le volet institutionnel, des dispositions ont été prises par l’Etat à travers la création de la commission nationale des droits de l’homme de Côte
d’Ivoire, et d’un conseil spécial du Médiateur en charge de la question de l’enfant. Cependant, les actions et contributions de ces deux structures sont très
peu vulgarisées, et elles restent inactives face au retard observé dans la soumission des rapports régionaux et internationaux.

Sur la traite et la lutte contre les pires formes de travail des enfants, malgré les mesures prises par le gouvernement, le phénomène ne semble pas baisser. Selon
l’analyse situationnelle réalisée en 2014, par l’UNICEF, « on estime à 155 149 le nombre d’enfants qui travaillent de façon dangereuse ou abusive dans la production
du cacao. La traite toucherait 77 782 enfants en Côte d’Ivoire selon les dernières estimations ». Aussi note-t-on l’inexistence de mesures législatives régissant
la responsabilité des entreprises du secteur privé face aux droits de l’enfant.

Les réponses répressives apportées au des  »enfants microbes », qui n’est autre chose qu’une des conséquences des crises successives que la Côte d’Ivoire a connues,
ne nous semblent pas adéquates à la complexité du phénomène qui doit être pris en charge de façon holistique et globale Nous voudront ici féliciter l’Etat pour la
mesure de resocialisation de ces enfants.

La question de l’enregistrement des naissances doit aussi être abordée pour remédier définitivement à travers l’expérimentation de l’approche de l’enregistrement
universel des naissances. Relativement à l’enregistrement des naissances, le SITAN (2014) indique que la Côte d’Ivoire comptait 2 800 747 enfants de 0 à 17 ans non
déclarés à l’Etat civil. D’après les indicateurs du développement humain du PNUD de 2015, 35% des enfants en Côte d’Ivoire ne sont pas déclarés. Pour les violences
basées sur le genre, le viol n’est pas qualifié comme il se doit dans le code de procédure pénal Ivoirien. Son insertion dans le code de procédure pénal permettra
de consolider la politique de  »tolérance zéro » prônée par les autorités. Aussi exhortons-nous les travailleurs des centres sociaux à plus de sensibilisation sur les
VBG dans les communautés car malgré la fin de la crise, la situation est toujours alarmante. Il est aussi opportun de former les agents de santé dans la prise en charge
des violences basées sur le genre. La gratuité du certificat médical pour les questions de viol n’est toujours pas appliquée.

Au niveau de la scolarisation des enfants, nous notons la généralisation de la distribution gratuite des kits scolaires. Cependant, la persistance des cotisations dites exceptionnelles exigées aux parents d’élèves par les comités de gestion des établissements scolaires (COGES) met à mal la politique de gratuité de l’école. D’autre part, l’école n’est plus accueillante pour nos enfants, avec la prolifération des débits de boissons, des bars, des maquis, fumoirs de drogue et aux jeux vidéo auxquelles nos enfants sont exposés à proximité des écoles. La question des grossesses en milieu scolaire hypothèque encore gravement les efforts faits pour la scolarisation des jeunes filles et surtout son maintien à l’école. Une réouverture des internats pour les filles et la lutte contre l’impunité dans le domaine sont des mesures à prendre pour protéger nos élèves. Dans la justice des mineurs, la séparation des mineurs d’avec les adultes n’est pas totalement effective, et la situation des mineurs sous mandat de dépôt est alarmante sans oublier le cas des enfants vivant avec leurs mères détenues et la situation des enfants de parents détenus. La situation des enfants handicapés en général, et particulièrement ceux abandonnés et en détresse doit faire l’objet d’une attention particulière. Leur placement dans les pouponnières ne répond pas aux exigences et aux spécificités de leur prise en charge. Si la situation des enfants exploités économiquement dans les plantations de cacao a été adressée avec beaucoup de réussite, il n’en demeure pas de même des enfants travailleurs domestiques, des enfants placés dans des pseudo- apprentissages dans le secteur informel urbain, des enfants bouviers et des enfants orpailleurs. La protection des enfants est une responsabilité collective. Aussi le forum des ONG voudrait-il appeler les démembrements de l’Etat, les collectivités locales les communautés et les familles à soutenir l’Etat dans sa politique de protection des enfants. Le forum des ONG et associations d’aide à l’enfance en difficulté qui se veut une force de propositions et d’actions pour un environnement protecteur des enfants et une culture de protection des enfants en Côte d’Ivoire renouvelle son engagement à continuer à œuvrer aux côté de tous les acteurs pour une Côte d’Ivoire émergente, digne de ces enfants ».

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